Quand le bois planche sur l’innovation

Matériau noble et ancestral, circulaire par excellence, le bois n’est paradoxalement pas toujours reconnu à sa juste valeur. Dans le domaine de la construction, il est pourtant au cœur de récentes innovations joliment concrétisées au Luxembourg.

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On est encore loin du projet un peu fou du groupe japonais Sumitomo Forestry qui, pour célébrer son 350e anniversaire (en… 2041), envisage la construction d’une tour de 350 mètres de haut composée à 90% de bois en plein cœur de Tokyo.

On est loin aussi de la tour de Mjøs, haute de 84,5 mètres à une centaine de kilomètres au nord d’Oslo, qui deviendra, au printemps prochain, le plus haut bâtiment en bois du monde, détrônant à ce titre un autre bâtiment norvégien, le Treet, qui culmine fièrement à 49 mètres de haut à Bergen, dans l’ouest du pays.

Ces exemples illustrent pourtant parfaitement une tendance très forte à la réhabilitation du matériau bois dans le domaine de la construction. Moins coûteux et affichant des propriétés techniques tout à fait performantes, le bois n’est pas un matériau de construction plus cher, seulement réservé à certaines élites.

La Beschcrèche à Betzdorf, qui a reçu deux prix d’architecture, est un des exemples-phares des constructions en bois au Luxembourg. (Photo : DR)

Les initiatives se multiplient

Il est tout à fait en mesure de concurrencer le béton par exemple, comme en témoigne la récente extension du bâtiment administratif de la compagnie aérienne Luxair à Munsbach: un immeuble de 7.500 m² de surface brute (avec bureaux, salles de formation, salle de restauration et cuisine ainsi que parking souterrain) qui a été construit en structure bois pour les étages, sur un sous-sol en gros œuvre béton.

Les autorités commencent aussi à se pencher sur la question en étudiant la mise en place d’incitants financiers pour l’utilisation du matériau bois. La ville de Munich, par exemple, accorde une prime à la construction bois d’un montant de 30 cents par kg de CO2 stocké.

Si rien de tel n’existe – pour l’instant – au Luxembourg, les initiatives se multiplient. Lors de la dernière Foire agricole à Ettelbruck, un film réalisé par l’Ordre des architectes et ingénieurs-conseils (OAI) et diffusé sur le stand du Luxembourg Wood Cluster a permis de présenter pas moins de 54 projets-phares dans le domaine de la construction en bois.

Un gros potentiel de développement

Une récente visite guidée, initiée par le cluster, a également permis de toucher du doigt la réalité du terrain. «Nous voulons souligner le côté innovant et les nouvelles pistes, parfois révolutionnaires, que peut apporter l’utilisation du bois dans la construction. Il y a un énorme potentiel de développement au cours des prochaines années», confirme Philippe Genot, le manager du cluster.

Ainsi, à Potaschberg (Grevenmacher), la société Steffen Holzbau est en train de développer le produit «Holz-Beton-Verbundträger», qui est un nouveau concept alliant les avantages du bois et du béton, et qui permet de réaliser des portées plus longues ainsi qu’une toute nouvelle configuration pour le passage des gaines.

Plusieurs prototypes sont en train d’être installés et la société, qui a soumis un dossier de financement au titre de la loi RDI, entend bien rapidement exporter ce nouveau produit à l’international.

 

Les start-up s’y intéressent aussi

Les administrations publiques ne sont pas en reste et certains projets remarquables en bois ont déjà été réalisés au Luxembourg ces dernières années. Le projet «Wanteraktioun» de l’Administration des bâtiments publics, par exemple, est un projet-pilote pour l’utilisation du bois de hêtre en tant que bois de construction (avec un besoin de quelque 450 m3), l’objectif étant d’acquérir l’expérience nécessaire pour des futurs projets dans cette essence et ainsi de promouvoir l’utilisation du bois régional.

«Ce projet met en œuvre des systèmes révolutionnaires qui utilisent ce type de bois bien spécifique. Ce projet s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’implémentation de l’étude Rifkin et il est important que l’État montre l’exemple en la matière», note Philippe Genot.

Autres exemples marquants: la Beschcrèche à Betzdorf, lauréate en 2016 de deux prestigieux prix d’architecture (le Holzbaupreis Eifel et le Bauhärepräis décerné par l’Ordre des architectes et des ingénieurs-conseils; le bâtiment administratif de l’Administration de la nature et des forêts à Diekirch; les ateliers et dépôts de l’Administration des bâtiments publics à Bertrange-Bourmicht ou encore le Lycée Michel Lucius.

Preuve que le bois est un matériau plus que jamais à la mode, les start-up aussi s’y intéressent. Comme Leko Labs, qui a développé une technologie en bois croisés assemblés par picots, permettant une fixation sans colle, 100% démontable et recyclable. La technologie de Leko se base sur la récupération des coupes d’éclaircies des bois de feuillus nécessaires pour permettre un accroissement pérenne de la forêt, ce qui représente 2 millions de m3 par an, c’est-à-dire assez de bois pour construire 10.000 maisons

Par Luxinnovation