Quand le bois « pauvre » européen est transformé en bois de luxe

Un procédé présenté cette semaine au Carrefour international du bois de Nantes permet d’améliorer nettement les qualités de bois aujourd’hui peu utilisés tout en évitant l’utilisation d’agents chimiques et en réduisant la consommation d’énergie. Avec un impact possible sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre et la déforestation.

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Remplacer de coûteux bois tropicaux tels que le teck ou l’iroko par des espèces européennes communes comme le peuplier, et cela à un coût environnemental proche de zéro. C’est la prouesse que se targue d’avoir réalisée une société italienne, WDE Maspell, spécialisée dans le séchage et le traitement du bois depuis les années 60.

Soutenue par un financement de l’Union européenne de presque 900.000 euros, ainsi que par divers partenaires internationaux privés comme publics* (pour un investissement total de 1,8 million d’euros dans le cadre du projet TV4newood), l’entreprise familiale a breveté une solution innovante de traitement à haute température du bois sous vide. Le résultat,  VacWood, est présenté au Carrefour international du bois qui s’ouvre mercredi 1er juin à Nantes.

Moins d’émissions de gaz à effet de serre pour le transport du bois

« La modification thermique permet d’obtenir, de manière définitive, une nette amélioration des caractéristiques esthétiques et fonctionnelles du bois traité », explique Valter Darbe, à la tête de la société de consulting en management IGC, qui accompagne le projet dans son développement international depuis ses débuts. Le bois devient progressivement de couleur plus plus foncée dans toute son épaisseur, mais également plus résistant aux agents biologiques comme atmosphériques qui le détériorent dans le temps. Ainsi « le peuplier, qui normalement est trop tendre même pour fabriquer des cagettes, une fois transformé peut durer jusqu’à 30 ans », illustre-t-il.

Cette durabilité étant l’un des principaux facteurs de la valeur du bois, puisqu’il en multiplie les usages (des fenêtres aux portes, qui demandent l’utilisation de bois non déformable, aux navires et saunas pour lesquels il faut un matériau imperméable), le traitement devrait permettre une revalorisation de bois locaux qui sont désormais peu utilisés, en redonnant de l’oxygène au secteur de la construction européen, espèrent les partenaires du projet. Avec en outre des avantages écologiques non négligeables -qui ont valu au projet d’être sélectionné en 2015 parmi les cinq meilleures pratiques européennes à l’Eco Innovation Forum de Barcelone: la réduction des émissions de gaz à effet de serre liées au transport du bois, mais aussi une moindre déforestation dans certaines régions du monde. Puisque sept types de bois différents ont déjà passé les tests de transformation, d’ailleurs, les espèces utilisées pourront varier en fonction de politiques de valorisation des forêts de chaque pays.

De moindre coûts énergétiques

Comparée aux méthodes traditionnelles de traitement du bois, la modification thermique permet d’écarter l’utilisation d’agents chimiques polluants, qui compliquent également la réutilisation du matériau en fin de vie. Et par rapport aux solutions de modification thermiques concurrentes, la technique sous vide se révèle moins gourmande en termes d’énergie et de ressources, puisqu’elle évite de recourir à l’eau ou à l’huile pour transférer la chaleur du four au bois. Avec un bénéfice également pour le consommateur:

« La couverture d’un immeuble réalisée en utilisant du sapin modifié thermiquement sous vide coûte, au mètre carré, environ un sixième de la même surface en teck, tout en possédant les même caractéristiques fonctionnelles et de durée dans le temps -au-delà des 30 ans », estime Valter Darbe.

WDEMaspell, propriétaire des brevets et de la marque enregistrée Tv4Newwood, vend déjà dans plusieurs pays européens les machines qu’elle conçoit et produit: 14.000 mètres cubes par an de bois sont déjà traités -depuis 2013- suivant sa technique. En France, la technologie est utilisée par un partenaire du projet, Ecolwood (situé dans la Haute-Loire). A l’horizon 2018, VacWood devrait avoir pénétré dans 14 pays, dont 10 de l’Union européenne, espèrent les partenaires du projet. L’entreprise italienne continue également de développer son innovation: une étude portant sur l’élargissement du champ d’application de la technologie vient d’obtenir un autre financement de l’Union européenne.

*Conlegno, l’association des entreprises du bois italiennes; Ecolwood; Mediterranean Refitting Group; IGC; le Centre national de la recherche italien; l’Université d’Upsal.